4 août 2020. 18h07, heure de Beyrouth.
Deux explosions consécutives pulvérisent le port et dévastent le tiers de la capitale, faisant pas moins de 235 mort·es et plus de 7000 blessé·es. 2750 tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées illégalement dans le hangar n°12. Six ans plus tard, l’enquête s’enlise, et personne n’est tenu pour responsable de ce qui est évoqué comme la plus grave explosion non nucléaire de la période contemporaine.
Pour les Libanais·es, déjà profondément éprouvé·es par deux années de crises et de révoltes dans un pays déclaré en banqueroute, le traumatisme est collectif.
Il y aura un avant et un après.
“J’ai toujours préféré Beyrouth de jour. Le jour, elle ne sait pas mentir. Elle se révèle sans fioritures, inégale, vulnérable.” (Habibi Beyrouth)
Au Liban, le désastre dialogue avec la vie. Ce n’est pas de la résilience. C’est une résistance qui se révèle, silencieuse, là où le regard se pose. Dans les interstices, dans les espaces et objets laissés derrière soi, comme un gage de retour, sur les murs qui portent l’écho des drames. Jusqu’aux câbles enchevêtrés des générateurs collectifs, ou une chaise laissée sur le trottoir, une invitation à qui voudrait suspendre le temps, un temps.
La photographie ne prétend pas réparer. Elle se contente de raconter sans fards, en allant à l’essentiel, l’attention portée sur les marges. Car ce n’est pas la grande histoire qui compte, mais ses résonances sur l’intime. Le regard se fait frontal, volontairement documentaire, renforcé par le noir et blanc et le dépouillement des compositions, pour laisser place au face‑à‑face avec le sujet. Chaque image devient alors un lieu de mémoire, invitant à une contemplation active et au questionnement : comment se réapproprier son histoire et lutter contre l’effacement ?
Les séries qui suivent, par leur complémentarité, composent une cartographie intime et politique du Liban. Elles ont servi de matériau d’écriture, inspirant certains décors et dialogues pour le roman Habibi Beyrouth (Éditions La Tribu, 2026)
What’s Left of Us interroge les vestiges du quotidien en explorant les traces de l’absence – aussi bien physique que morale, du gouvernement – et la résonance de la grande histoire sur l’intime.
Walls of Anger rassemble les traces des révoltes qui ont secoué le Liban en 2019. Elle relate une colère collective coupée dans son élan en 2020, et peu à peu effacée des murs, et des mémoires.
5 Years Later documente la marche commémorative du 4 août 2020. Elle avait rassemblé en 2025 proches des victimes, forces de l’ordre, pompiers et représentants religieux des principales communautés, venus réclamer l’ouverture d’une enquête sur la double explosion du port de Beyrouth.
what’s left of us
walls of anger
5 years later


















